ADVERTISEMENTS

"Jouer pour être champion" : Hearts rêve d'un titre attendu depuis 66 ans pour conjurer la malédiction de 1986

D'une simple partie de jeux vidéo à devenir co-propriétaire de son club. C'est le parcours peu banal de Loïs Guzukian devenu fan de Heart of Midlothian lors d'un tournoi de FIFA avec un ami de son frère fan du Celtic qui avait créé une coupe avec des clubs méconnus. "Les couleurs, le logo en forme de coeur, ça m'a tout de suite plu, ça m'a donné envie de découvrir et puis j'ai eu le doigt dans l'engrenage", sourit-il. En 2016, il fonde Scottish_fr sur Twitter, avant de migrer sur Instagram et de proposer des podcasts consacrés au championnat d'Écosse. Sa passion est devenue si dévorante qu'il est désormais co-propriétaire du club, au même titre que quasiment 10.000 autres supporters. 

Le processus a été initié en 2014, quand Ann Budge a racheté le club via BIDCO 1974 et a soutenu le projet de la Foundation of Hearts. "C'est un système où les supporters donnent la somme qu'ils veulent ou peuvent chaque mois et l'argent va directement dans les caisses du club, explique-t-il. Elle a tout mis à plat et donné la bonne direction. La transition définitive a eu lieu en 2022. Au Royaume-Uni, Hearts est le plus gros club géré par ses fans". 

Un recrutement exotique mais brillant

Le système de fonctionnement est simple : des représentants sont élus pour s'occuper des affaires courantes. En revanche, les grandes décisions sont prises par l'ensemble des copropriétaires à la majorité absolue. "Cela a été le cas pour l'admission de Tony Bloom qui a investi 10 millions de livres pour 25% du capital sans pouvoir décisionnaire", explique Guzukian qui constate qu'avoir des supporters purs et durs mais aussi des profils avec plus de recul permet d'avoir une certaine hauteur de vue. Ce qui semble avoir particulièrement bien marché lors du dernier mercato, car Bloom, déjà présent à Brighton et à l'Union Saint-Gilloise, est venu avec sa société de data Jamestown Analytics. "Hearts est allé chercher des inconnus comme le Portugais Claudio Braga qui évoluait en D2 norvégienne et qui a été élu joueur de la saison par ses pairs et par les journalistes, admire Guzukian. Alexandros Kyziridis jouait en Slovaquie, d'autres provenaient d'Estonie, de Macédoine du Nord, de Serie C italienne. Il y a eu un travail fait pour repérer des joueurs, qui va au-delà de la simple data, même si l'outil sert énormément pour faire de sacrés coups pour un coût minime".

À l'inverse, le Celtic a multiplié les erreurs. Après l'élimination en barrage de la Ligue des Champions contre le Kairat Almaty, Brendan Rodgers a été congédié, remplacé par Martin O'Neill qui a ensuite laissé sa place à Wilfried Nancy qui n'est resté que 33 jours, un record : "il y avait tous les signaux annonciateurs de la mauvaise idée car il avait des préceptes de jeu qui ne collaient pas à ce Celtic-là, résume Guzukian. Il est entré dans la fosse aux lions alors que ce n'est pas un mauvais entraîneur".

O'Neill est revenu au chevet des Bhoys qui, avant ce dernier match décisif, sont sur une série de 6 victoires consécutives : "ce n'est pas un bon Celtic, notamment défensivement mais O'Neill a compris qu'il n'avait pas une équipe flamboyante. Alors il a fait simple, sans vouloir réinventer la roue mais en rappelant que c'était le Celtic et qu'il fallait gagner des matches. C'est lui qui a eu raison parce que son équipe est deuxième et favorite pour gagner le titre parce qu'ils reçoivent Hearts au Paradise". 

Ce retour a été rendu possible car Hearts a laissé des points en route : "il y a eu match nul sur la pelouse du dernier, ce qui fait désordre quand tu joues le titre, un autre nul à la 88e à domicile contre Kilmarnock sur une rare erreur du gardien cette saison, une défaite lors du derby contre Hibernian (3-2) parce que tu commences à jouer à la 70e minute. Et puis Saint-Mirren, pourtant avant-dernier, a été une bête noire". 

Déjà penser à l'après

Dans une ville marquée par la rivalité avec Hibernian, proche culturellement du Celtic car également créé par des Irlandais, Hearts a une occasion exceptionnelle de remporter son premier titre depuis 1960 et de conjurer le sort du titre perdu en 1986 à la dernière journée contre le Celtic... à la différence de buts après une défaite à Dundee. Mais déjà, les Gorgies sont attendus au tournant. "La saison 2 sera très intéressante car on a profité des mauvaises saisons du Celtic et des Rangers qui sont piqués dans leur orgueil, affirme Guzukian. Les planètes se sont alignées mais après, les joueurs seront attendus. Certains vont partir et il faudra bien les remplacer. Josh McPake, un ancien des Rangers qui s'est relancé en D2 à St Johnstone et a été élu meilleur joueur de Scottish Championship, a signé, tout comme Tom Renaud qui arrive de Versailles en Ligue 3, un championnat sous-coté. On voit des noms circuler et c'est rassurant". 

En arrivant, Bloom a annoncé vouloir faire de Hearts une troisième force en Écosse et remporter le titre d'ici 10 ans. "Ce serait historique de remporter ce titre de champion mais les dirigeants sont déjà en train de penser à la suite, à la participation en Coupe d'Europe, à constituer une nouvelle concurrence sur le long terme", considère Guzukian. 

Si le bilan est positif pour Hearts contre le Celtic cette saison (2 victoires, 1 nul), le contexte rebat les cartes. Les trois premiers affrontements résument parfaitement les derniers mois des Bhoys avec une défaite (2-1) à Tynecastle avec Rodgers, un deuxième revers, cette fois à Celtic Park (1-2) pour les débuts de Nancy, et un match nul à Tynecastle (2-2) avec O'Neill aux commandes.

Et outre la série victorieuse des Bhoys, le Paradise a retrouvé sa voix. "La Green Brigade en a eu assez de voir le club faire les mauvais choix, de mauvais investissements, sans renouvellement de l'effectif alors que l'argent n'est pas un problème, étaye Guzukian. Cela a été perçu comme un manque d'ambition, surtout avec la manière dont l'équipe a été sortie de la Ligue des Champions, sans rien montrer sur les deux matches. Il y a eu de grosses frictions et le groupe a été banni plusieurs semaines de Celtic Park. Il vient d'y avoir un accord pour un retour parce que les dirigeants ont bien compris qu'avoir un stade plein, avec de l'ambiance pour jouer le titre, ça peut aider. Ça va offrir une finale folle et ce sera plus compliqué pour Hearts". 

À 90 et quelques minutes de la fin de saison, comment le copropriétaire voit-il ce duel pour l'Histoire ? "Ce ne sera pas un beau match, ce sera une purge, un truc horrible, se marre-t-il. Le Celtic doit gagner et va devoir se découvrir et Hearts a des joueurs rapides pour procéder en contre. Si Hearts ouvre le score, ce sera une sécurité. Depuis l'Aberdeen de Sir Alex Ferguson en 1985, les clubs de Glasgow se partagent les titres. C'est une hégémonie de 41 ans qui pourrait prendre fin. Après avoir été leader quasiment toute la saison, il faut jouer pour être champion". 

Wellicht ook interessant voor u