ADVERTISEMENTS

Jonatan Giráldez avant la finale de la Ligue des champions : "Je n'ai pas dit que je ne voulais plus jamais jouer contre le Barça"

Quand vous aviez quitté le Barça, vous aviez dit que vous rejoigniez Washington pour ne pas affronter vos ex-joueuses. Qu'est-ce qui a changé dans votre décision d'aller finalement à Lyon ?

Jonatan Giráldez : Je ne sais pas si vous étiez là ce jour-là, lors de mes adieux. Je n'ai pas dit exactement ces mots-là. Je sais que beaucoup de titres ont circulé avec mon visage sur des choses qui, je crois, ont été sorties de leur contexte. On m'avait posé une question, je ne sais plus si c'était un de vos confrères, sur ma prochaine destination. Par souci de confidentialité, j'avais simplement dit que je ne pouvais pas citer le nom de ce club. Pour donner un peu plus d'information, j'avais ajouté que ce serait une équipe qui ne serait pas en compétition directe avec le Barça, ce qui était important pour moi après tant d'années là-bas. Mais la première partie de cette réponse a été omise. On en a tiré un titre exclusif et, dirais-je même, manipulé. J'ai entendu dire que je ne voulais plus jamais jouer contre le Barça : c'est quelque chose qui n'est pas sorti de ma bouche. C'est votre métier de vérifier ce qui a été dit exactement, dans quel contexte, pour pouvoir l'expliquer ensuite. Quoi qu'il en soit, je vous suis reconnaissant de me poser la question pour que je puisse m'expliquer, au cas où des personnes qui n'étaient pas là ce jour-là l'auraient compris autrement. Je pense que j'avais été assez clair : j'ai rejoint les États-Unis, et ensuite Lyon.

Qu'est-ce que ça représente pour vous d'affronter personnellement le Barça et les joueuses que vous avez dirigées pendant plusieurs années ?

Je me sens privilégié, je suis très heureux d'avoir cette opportunité. En tant que supporter du Barça, je leur souhaiterai toujours le meilleur, je serai toujours heureux de leurs succès. J'y ai été très heureux, j'y ai grandi personnellement et professionnellement. Je leur souhaiterai toujours le meilleur, sauf évidemment dans cette finale, parce que je suis compétiteur et j'aime gagner, tout comme elles. Mais au-delà de ça, je l'aborde avec sérénité et beaucoup de motivation. On sait qu'il faudra jouer un match quasi parfait, car le niveau de football qui sera sur le terrain sera très élevé. Je garderai toujours un excellent souvenir du Barça : j'y ai des joueuses, j'y ai des amis au sein du staff, et je resterai toujours lié à eux.

Comment évaluez-vous le travail de Pere Romeu cette saison au Barça ?

Ils ont fait un travail parfait. Ils ont remporté toutes les finales qu'ils ont disputées et ils ont atteint la finale de la Ligue des Champions. Les succès parlent d'eux-mêmes. Il est vrai qu'il reste encore un match, et nous ferons tout pour ne pas leur être favorables. Mais le travail réalisé avec les joueuses issues de la filière, le renouvellement générationnel, les performances collectives, ils méritaient de gagner tous leurs matchs. C'est excellent.

Pensez-vous que la manipulation de vos propos a été injuste envers vous, et que certains supporters aient pu vous en vouloir pour votre choix de rejoindre Lyon ?

Je ne sais pas vraiment. Mon travail, c'est d'entraîner. C'est vrai qu'il y a un département communication qui m'aide à comprendre ce qui se dit, et donc c'est votre évaluation à vous. Je sais que beaucoup de gens m'ont écrit, des journalistes aussi, en prenant position. Mais c'est ce que je disais tout à l'heure : quand j'ai expliqué les choses telles qu'elles s'étaient passées et qu'on en ressort des éléments différents... je ne sais pas si c'est juste ou pas. J'aurais fait les choses différemment, c'est certain. Et dans ce cas, ne pas se positionner, c'est aussi une façon de se positionner. C'est le monde dans lequel on vit, un monde différent de celui d'il y a cinq ou six ans, quand dans le football féminin tout était un peu plus clair. Mais comme je l'ai dit, mon travail c'est d'entraîner, c'est ce que j'aime le plus. Je sais que répondre à vos questions fait aussi partie de mon travail. J'essaie d'être aussi accessible que possible, d'expliquer les choses de mon point de vue et de parler de football. Le reste, comme je le disais, ne m'affecte pas. Je pense que c'est votre responsabilité de vérifier que tout ce qui est rapporté est exact.

Vous avez entraîné le Barça pendant plusieurs années, et vous êtes maintenant à Lyon. Quelle est la différence entre les deux équipes ?

Oui, bien sûr, nous avons des joueuses différentes, donc il est normal que l'équipe soit différente. Mais je crois que nous avons des identités similaires. Le Barça a une façon de jouer très marquée et la manière dont nous avons dominé nos matchs cette saison me satisfait énormément. Nous avons clairement dominé nos matchs de qualification et toutes les rencontres que nous avons disputées. C'est ça l'essentiel. Il est vrai qu'il y a certainement un profil plus technique au Barça, davantage axé sur le jeu court, sur les espaces réduits. Mais au fond, je pense que les identités se ressemblent : dominer les matchs, attaquer, partir de la possession, créer des occasions. Ensuite, le profil et la qualité des joueuses vous orientent vers certaines relations de jeu différentes. En termes d'identité, il y a beaucoup de similitudes.

D'après les vidéos publiées par le club, on voit que vous cherchez à piquer l'ego des joueuses pour les motiver. Est-ce votre façon de manager un groupe ? Et comment motiver des joueuses qui ont déjà tout gagné ?

Je varie selon les jours et selon ce que je ressens. J'essaie de mettre les joueuses dans les meilleures dispositions possibles. Pour ce qui est de joueuses qui ont tout gagné, nous n'en avons pas tant que ça, en réalité. Si vous analysez le groupe, peut-être dix d'entre elles ont beaucoup gagné, comme Wendie Renard ou Ada Hegerberg, mais le reste des joueuses disputera probablement leur première finale. En ce sens, nous nous appuyons sur l'humilité et la motivation semaine après semaine : essayer de jouer mieux que notre adversaire, montrer un niveau de football supérieur pour mériter la victoire. C'est la recette, la manière dont nous travaillons et dont nous nous motivons : en partant toujours du football, en sachant ce qu'on a à faire avec et sans le ballon. Je crois que c'est ça qui nous mènera au succès.

La Ligue des Champions est quelque chose de très spécial pour de nombreux clubs européens. Vous avez eu une expérience aux États-Unis avec le Washington Spirit. À quel point des finales comme samedi, des spectacles de cette ampleur, ont-elles joué un rôle dans votre décision de revenir entraîner en Europe ?

Pour nous, c'est le match le plus important de la saison. Nous sommes très heureux et très fiers d'avoir l'opportunité de le jouer. Mais au fond, nous ne devons rien changer à notre façon de préparer les matchs. Je n'aime pas modifier notre approche pour ce type de semaine, parce qu'au bout du compte, ce que nous devons faire, c'est la même chose que lors des matchs précédents. Tout tourne autour du football. Pas besoin de changer l'environnement autour des joueuses : il faut juste comprendre ce qu'on a à faire, en attaque comme en défense, parler le même langage pour mériter la victoire et être meilleurs que l'adversaire pour remporter ce titre.

Vous avez bien sûr déjà remporté ce titre, tout comme Lyon qui possède un palmarès exceptionnel dans cette compétition. À quel point votre expérience et celle de certaines joueuses sont-elles importantes pour guider celles qui n'ont jamais remporté ce titre ?

C'est important, car ce type de semaine, les joueuses sont généralement très excitées. Mais il n'y a qu'un seul match à jouer, en fin de semaine, samedi. Là, c'est le temps de la préparation : bien s'activer, bien interpréter les séances, tout faire en amont de la rencontre, travailler sur ce qu'on peut contrôler. Fort de mon expérience, j'ai joué ce type de matchs de nombreuses fois, je pense qu'il est essentiel de comprendre que la priorité en ce moment, c'est de bien se reposer et de bien se préparer pour arriver dans les meilleures conditions. Je peux donner quelques conseils, mais nous avons aussi plusieurs joueuses qui ont une vraie voix et une vraie expérience pour expliquer à l'équipe comment aborder ce type de semaine.

Cette finale est d'une certaine façon la dernière pour Lindsey Heaps. Pouvez-vous nous parler d'elle et de ce qu'elle apporte à l'équipe avant ce match ?

C'est une joueuse et une personne extraordinaires. Elle en veut toujours plus. C'est une leader, dans la façon dont elle aborde chaque entraînement. J'aime ce type de joueuse, parce que l'énergie qu'elle dégage est très, très précieuse pour l'équipe. Et aussi parce qu'elle comprend vraiment très bien le jeu. L'une des choses que nous avons beaucoup améliorées depuis le premier jour de la préparation, c'est de parler le même langage sur le terrain, en attaque comme en défense. J'aime beaucoup discuter avec elle de tactique, pour m'assurer que toutes les joueuses parlent le même langage sur le terrain. Elle est très capable de gérer ce type de situation. Je suis très heureux de ses performances. Elle va me manquer énormément pour la suite.

Lui avez-vous donné des conseils pour son aventure prochaine en NWSL, une ligue que vous connaissez bien ?

Oui, nous en avons un peu parlé, mais c'est très privé. Je ne peux pas partager tout ce dont nous avons discuté. Il est vrai qu'on parle beaucoup des affluences, de la croissance de la ligue... mais si je devais tout vous raconter, je crois que la conférence de presse serait encore longue, et que d'autres personnes ont des questions à poser.

Lors de la finale 2024 entre le Barça et Lyon, Melchie Dumornay évoluait comme avant-centre. Cette saison avec vous, elle joue plus en retrait et dans plusieurs rôles différents, en touchant beaucoup le ballon. Est-ce important pour elle de jouer plus bas, de toucher le ballon et d'influencer le jeu comme elle le fait ? Est-ce pour ça que ce changement a eu lieu ?

En fin de compte, ce n'est pas uniquement une question de Melchie, c'est une question d'équipe. Le nombre d'attaquantes que nous avons, le nombre de milieux, d'ailières, et comment organiser l'équipe pour qu'elle joue mieux. Melchie comprend bien le jeu : elle sait recevoir entre les lignes, elle aime se mettre sur le côté, jouer en deuxième attaquante, décrocher quand l'équipe a besoin de soutien dans la construction. Et défensivement, c'est une joueuse de premier plan, qu'il s'agisse de monter sur le premier rideau, de rester à l'intérieur ou de revenir. Pour moi, c'est une joueuse clé, car une pure numéro 9 ne peut faire que des choses très spécifiques. Elle, elle est capable de faire beaucoup de choses différentes. C'est comme ça que nous avons travaillé depuis le premier jour de la préparation. Je pense qu'elle a vraiment beaucoup progressé cette saison, mais ce n'est pas un plafond. Elle peut encore s'améliorer énormément, parce qu'elle est très jeune et très motivée pour aller de l'avant.

Vous avez passé beaucoup de temps au Barça comme adjoint puis comme entraîneur principal. Vous connaissez les joueuses barcelonaises, vous connaissez bien l'entraîneur d'en face. Comment avez-vous vécu cette semaine à préparer un match contre des gens et un style que vous connaissez si bien ?

La semaine s'est déroulée comme n'importe quelle autre. Avec un contenu différent, des vidéos différentes, des réunions différentes, mais les habitudes, la routine, restent identiques. Je ne change pas mon approche en fonction de l'adversaire. J'ai passé beaucoup de temps à préparer ce match, à m'assurer de ce que je veux dire, de ce que je veux communiquer aux joueuses. C'est l'essentiel. Mais honnêtement, ça n'a rien changé à ma préparation. C'était la même chose que d'habitude.

Les phases arrêtées ont été une vraie force pour Lyon cette saison, avec beaucoup de variété dans vos délivrances et vos combinaisons. C'est un aspect décisif dans cette finale ?

Si l'on considère que 30 à 40 % des buts en football viennent de phases arrêtées en général, nous accordons une attention particulière à ce travail cette semaine, coups francs directs, coups francs latéraux et corners, parce que je pense que ça va être capital dans cette finale. Le Barça dispose également d'une équipe impressionnante sur phases arrêtées, avec beaucoup de variété. Et nous, je crois que nous avons beaucoup progressé dans ce domaine. Nous terminons sur une très bonne série, avec des buts importants dans des moments importants. Ce sera donc très, très déterminant pour cette finale.

Puisque vous observez toujours le Barça attentivement, pensez-vous qu'elles ont beaucoup changé sous la direction de Pere ? Tactiquement ?

Elles ont des joueuses différentes, ce qui change forcément un peu leur façon de jouer. Par exemple, elles ont Ewa Pajor. Quand j'étais là-bas, nous n'avions pas une numéro 9 comme Pajor, le profil était différent. Je me souviens que lors de ma dernière finale, je jouais avec Mariona en pointe, mais avec un profil différent. Donc je pense qu'elles ont un peu changé dans leur façon de jouer en raison du profil différent des joueuses. Au fond, ce sont les joueuses qui dictent la façon de jouer. En termes d'identité, je pense que c'est la même : dominer les matchs, créer le maximum d'occasions, oublier le résultat, chercher à offrir du bon spectacle aux supporters, et être très agressives hors possession. Honnêtement, je ne pense pas qu'elles aient beaucoup changé. Juste le profil des joueuses est un peu différent, ce qui implique de jouer un peu différemment.

Après le premier match contre Arsenal, vous aviez dit que vous aviez perdu parce que, d'une part, Arsenal était meilleur, et d'autre part, parce que Lyon n'avait pas joué pendant l'intégralité des 90 minutes, qu'il y avait eu des séquences de 10 minutes où vous vous étiez perdus. Est-ce quelque chose que vous avez réussi à transmettre aux joueuses depuis ?

Oui, sans aucun doute. Parce que sinon, on ne peut pas gagner des matchs et on l'a vu. Lors du match aller contre Arsenal, nous ne méritions pas de gagner. Nous menions à la mi-temps, mais nous ne le méritions pas. Pourquoi ? Parce que nous n'avons pas joué la deuxième mi-temps. À l'inverse, pour aller gagner au match retour comme nous l'avons fait contre Arsenal, oui, nous avons joué 90 minutes. Et là, on a vu une équipe complètement différente, capable de marquer beaucoup de buts. C'est cette équipe-là qu'il faut voir. Pour jouer des finales, pour remporter des titres, il faut être parfait ou en tout cas s'approcher le plus possible de la perfection pour avoir plus de chances de gagner.

Comment vous sentez-vous dans le rôle d'outsider ? Parce que vous avez toujours été favoris jusqu'à maintenant.

Honnêtement, je ne sais pas qui est l'outsider, parce que je ne suis pas beaucoup les médias. Pour moi, c'est une finale à 50-50. Les deux équipes ont énormément de qualité. Je ne vois pas de favori : les deux équipes ont des effectifs de talent incroyable, et le style de jeu va offrir un très beau spectacle aux supporters.

Comment avez-vous évolué en tant qu'entraîneur depuis votre départ du Barça ?

J'ai beaucoup appris, j'ai beaucoup grandi en tant que professionnel et en tant que personne. Vivre dans différents pays, travailler avec des joueuses différentes, des staffs différents, des cultures différentes, différents types de soutien pour les joueuses, différents supporters... J'ai dû jouer de différentes façons, aborder le jeu autrement, adapter mes exercices d'entraînement à des contextes différents de ceux du Barça. J'ai vraiment grandi. C'était l'une des principales raisons de partir : grandir en tant que professionnel et en tant que personne. Je suis sincèrement très reconnaissant d'avoir vécu cette expérience, de parler anglais avec les joueuses là-bas, de parler français avec d'autres joueuses ici, de comprendre comment elles respirent, comment elles fonctionnent, comment les aider à performer et à gagner. Je pense que c'est un travail passionnant. Je suis très heureux, parce que le Barça est un contexte très particulier. Le fait d'être passé par les États-Unis et maintenant par la France a fait de moi un meilleur professionnel et une meilleure personne. J'ai plus d'expérience, et c'est quelque chose qui compte beaucoup pour moi.

Lily Yohannes a été vraiment déterminante lors des deux matchs contre Arsenal. En sa première saison au club, elle semble progresser de match en match. Qu'est-ce que ça fait de travailler avec elle cette saison, et jusqu'où pensez-vous qu'elle peut aller, notamment pour cette finale ?

C'est une joueuse incroyable, un vrai talent. Elle a eu un peu de mal au début, c'est normal, elle venait d'un contexte et d'un environnement différents. Mais je suis très heureux de la façon dont elle a performé. Elle est très humble. Elle cherche toujours à s'améliorer. Elle ne trouve pas d'excuses. J'adore ce type de personnalité. Elle est très jeune. C'est une joueuse de très haut niveau, elle nous aide à bien jouer car elle est vraiment, vraiment forte en possession comme hors possession. Et elle a encore beaucoup de marge de progression pour continuer à avancer. Pour l'avenir, elle sera sans aucun doute une joueuse très importante.

Pour un club comme l'OL, avec cinq Ligues des Champions remportées consécutivement, est-ce que concourir pour ce titre est presque une obligation ? 

Ici, à l'OL Lyonnes, avec tout ce que représente l'histoire du club, c'est évidemment presque une obligation de se battre pour des matchs comme celui-là. Dès le début de la saison, quand j'ai eu des entretiens individuels avec pratiquement toutes les joueuses, presque toutes parlaient de la Ligue des Champions, encore et encore. Ce que nous avons essayé de faire, c'est de nous concentrer sur le présent, de nous améliorer jour après jour pour avoir plus de chances de remporter cette Ligue des Champions. Là, nous sommes au moment le plus important. L'opportunité est là, elle est très proche. Et évidemment, nous allons tout faire pour remporter ce titre.

Ti potrebbero interessare anche